Bon, un petit CDG, ça fait longtemps :
Voilà plus d'un an que je travaille dans une résidence senior, résidence qui, en changeant de groupe, est passé d'un statut "hospitalier" à "hôtelier". Dans les faits : le nouveau groupe a augmenté les tarifs, baissé les prestations, viré les quelques résidents non seniors (alors que tout n'était pas loué), tout en retirant semaines après semaines la majoration de nuit et du travail dominical aux employés (en brandissant toujours le statut "hôtelierrrr").
Durant cette année, j'ai fini par perdre le compte du nombre d'employés partis ou qui ne sont pas restés pour diverses raisons : horaires compliqués, travail difficile, incompatibilité avec la mentalité de la nouvelle direction etc... Je crois être arrivé à un chiffre de 20 - 25 personnes. Leur meilleure employée (à mes yeux) les a même envoyés aux Prud'hommes quand ils ont tenté de lui bouffer son ancienneté (celle-ci travaillant à l'origine avec l'ancien groupe). Je vous passe aussi les détails sur le cumul d'employés en immersion (traduisez : non rémunérés, merci France Travail), ce qui a en partie contribué au fait que je me suis retrouvé sans contrat pendant deux trois mois (forcément, quand la main d'oeuvre devient gratuite, la compétition est dure), tandis qu'ils m'ont annulé au dernier moment un autre contrat alors que j'avais réservé mon créneau pour eux pour ce délai.
Bref. Entretemps, ils ont ajouté une quantité non négligeable de tâches pour les agents de jour et de nuit, sans parler de nouveaux process absurdes (changer le pliage des serviettes quatre fois par semaine / mois, suppression de lave-vaisselles ou de sacs poubelles pour des délires écolo etc...). La mesquinerie allait plus loin car à certains moments, ceux-ci souhaitaient restreindre les verres de sirop lors du goûter des seniors. Une dirigeante a même interdit à ces gens de "manger du pain de mie" lors du dîner, qu'ils "n'en avaient pas le droit".
Là, depuis un mois, je travaille de nuit, dix heures successives et assez physiques. Ces derniers jours, ils ont ajouté de nouvelles tâches dans l'idée de "ne pas faire que du ménage". Traduction : On ne supprime pas les tâches ménagères, on en ajoute de nouvelles. Quand j'ai marqué "mollo sur les tâches, car on a déjà dix heures de taf dans les pattes", j'ai eu droit à un : Nooon, c'est pas vrai, on a calculé, vos tâches ne dépassent pas cinq six heures de travail effectif au final blablabla. Puis, de la part d'une autre supérieure : vous avez déjà trente minutes pour manger et il n'y a pas d'autres pauses parce que "statut hôtelierrrr", sauf que non, d'après la loi, il existe bien une pause de 20 minutes. Et l'ensemble des tâches de nuit sont réparties sur dix heures environ, ce qui, même en travaillant très vite, permet difficilement de garder trente minutes pour soi. Et ça, c'est quand tout se passe bien et qu'un senior ne vous appelle pas au milieu de la nuit pour un souci de santé.
Puis arrive la même foldingue du ménage, qui a décrété que je n'avais rien foutu et qui a pété son câble devant d'autres employés pour "deux miettes de pain" retrouvées sur un pied de table au restaurant, une microgoutte de savon liquide bleu qui a dégouliné du distributeur durant la nuit sur un évier, deux gouttes d'eau qui n'ont pas été essuyées dans un autre évier en plonge. Mention spéciale pour la feuille de sopalin retrouvée au fond de la poubelle, ce qui démontrait que je n'avais pas changé celles-ci. Quand je lui dis que non, forcément, car elle est quasiment vide : "Ah oui mais non, il faut transvaser avec toutes les poubelles pour n'en faire qu'une et...". Moi : "Ou alors, on attend que les poubelles soient un peu plus pleines pour les changer..." Réponse : "Oui mais non, moi je préfère comme çaaaa !". J'ai ouvert ma gueule, ça ne leur a pas plu, évidemment. J'en suis venu à prendre en photo toutes les tâches effectuées pour démontrer le travail abattu, solution extrême mais utilisée aussi par l'ennemi qui a fait chier une collègue en photographiant une poussière sur un hublot de lave-linge. Je vous en passe encore, car c'est déjà un beau pavé, mais retenez dans les faits que la plupart de leurs employés sont déjà cassés, avec des problèmes de dos, de colonne, de surmenage et autres.
Bref, je regrette de me séparer de quelques personnes âgées que j'appréciais et avec qui je passais du temps pour leur tenir compagnie, mais je passe mon tour sur cette entreprise aux pratiques douteuses et de plus en plus inhumaines. Il me reste plus que quelques nuits pour finir ce contrat, et après, je passe à autre chose.